À la suite de la mort brutale d’Henriette d’Angleterre en 1670, certains bruits attribuent sa mort au poison. Louis XIV commande secrètement une enquête à son lieutenant de police, La Reynie.
En 1672, à la mort de l’officier de cavalerie, Godin de Sainte-Croix, on découvre dans ses papiers des pièces accusant la marquise de Brinvilliers, fille du lieutenant civil du Châtelet et maîtresse de Sainte-Croix. Une cassette saisie par la police renferme les preuves écrites de sa main des ses amours avec la marquise. On trouve aussi des courriers indiquant clairement que les deux amants ont mis fin aux jours du père et des deux frères de la marquise de Brinvilliers à l’aide d’un poison efficace.
Seul le marquis de Brinvilliers qui soupçonne sa femme et qui prend beaucoup de précautions échappe à la mort. Toujours chez Godin de Sainte-Croix on découvre plusieurs fioles contenant une décoction à base d’arsenic. Cette préparation deviendra célèbre sous le nom de « poudre de succession ».
Fort de ces pièces à conviction, le lieutenant de police La Reynie décide de l’arrestation de la marquise de Brinvilliers. Est-elle difficile à trouver, la police n’est-elle pas zélée, ce n’est que le 25 mars 1675 que la marquise est arrêtée dans un couvent de Liège alors occupé par l’armée française.
Le scandale est énorme, la marquise de Brinvilliers née Marie-Madeleine d’Aubrey est la fille d’un conseiller d’Etat. Mais l’enquête de La Reynie progresse et la liste des empoisonneurs s’allonge. Plusieurs hauts personnages sont cités : la comtesse de Soissons et la duchesse de Bouillon nièces de Mazarin ; le maréchal de Luxembourg ; les comtesses de Polignac, du Roure et de Gramont ; Mmes de Vivonne et de La Mothe ; Mlles des Oeillets et Cato ; la maréchale de La Ferté ; Jean Racine.
Malgré toutes les preuves accablantes, la marquise de Brinvilliers n’avoue pas lors de son procès. Ce n’est que quelques jours avant son exécution qu’elle fera amende honorable sur le parvis de Notre-Dame. Elle est décapitée et brûlée en 1676.
À partir de ces aveux, la Reynie, remonte les filières et reconstitue un véritable réseau du crime. Des milliers de gens usent des filtres et maléfices, pratiquent l’avortement et les messes noires, utilisent la « poudre de succession ». En 1679, devant l’ampleur de l’instruction, une chambre ardente est instituée et ne sera dissoute qu’en 1682 ; on la nomme « cour des poisons ».
La principale accusée de cette chambre est Catherine Deshayes, épouse Monvoisin et surnommée La Voisin. Cette femme est spécialisée dans la sorcellerie. Elle fournit les préparations destinées à se débarrasser de personnes « encombrantes ». Mais ce n’est pas tout, elle peut lancer des sortilèges d’amour ou de haine, s’adonner à des messes noires et autres rituels de ce genre. Madame de Montespan elle-même fait pratiquer certains rites sur son corps pour garder les sentiments du roi et lutter contre sa rivale madame de Fontange.
|
Pour terminer avec le portrait de La Voisin, il faut savoir que cette femme pratique aussi les avortements, chose absolument interdite à cette époque. En 1680, elle est condamnée à mort et est brûlée vive en place de Grève.
Cette exécution ne suffit pas à arrêter l’affaire. Louis XIV lui-même laisse agir la police contre une noblesse trop gênante. Mais les attaques contre madame de Montespan se font trop précises, la Cour pourrait être éclaboussée. En 1682, le roi ordonne aux magistrats de cesser les poursuites engagées et d’étouffer l’affaire. La chambre spéciale cesse donc de se réunir. La Chambre ardente prononça contre des comparses secondaires trente-six condamnations à mort, plusieurs aux galères. Les grands personnages furent épargnés. Sans qu’ils aient été jugés les accusateurs de Mme de Montespan sont enfermés dans des forteresses royales.