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Légendes de la Seine

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La Seine

Un des plus beaux ornements de Paris est son fleuve à la noble allure... Chatoyant collier d’émeraudes, il l’illumine de ses feux. Avec quel art il l’a nouée, cette parure précieuse ! Son étincelant miroir d’eau reflète - vaste armorial - l’image de tous les Palais qui montent leur garde d’honneur sur son passage. Est-il plus illustre décor et plus chargé de souvenirs ? Chaque siècle y marqua son faste. Faste multiple, en vérité, de visages combien divers, depuis les tours de Notre-Dame jusqu’au temple grec de Chaillot. Et voilà pourquoi cette Seine a Paris pour douce prison. L’enlaçant d’un bras verdoyant, voyez de quel geste gracieux elle s’incurve pour l’étreindre. Elle vit penchée sur son coeur... Mais à l’heure de le quitter, au sortir du Bois de Boulogne, comme ses regrets sont amers !... Elle s’attarde, elle traînaille, avance, revient sur ses pas et, pour le contempler d’un suprême regard, dessine de nombreux méandres. C’est l’éternelle Bérénice contrainte de fuir ses amours...

Mais que fut-elle au temps jadis, avant que son corset de pierre, disciplinant ses flots, ne l’eût civilisée, voire même idéalisée, comme un jardin à la Le Nôtre ? Une étendue interminable de marécages somnolents, desquels émergeait une île qui avait la forme d’un navire. Heureuse prédestination ! Cette île, aux courbures de nef, la plus vaste de ses douze îles, préfigurait son avenir et allait être le berceau de ce qui devint la Cité.

Ainsi ce beau fleuve indolent, qui fait partie si intégrante de l’âme et du coeur de Paris et qui joua son rôle à chaque acte de son histoire, prend sa source dans la Côte D’Or, au pied de la ferme des Vergerots, près de Saint-Germain-Ia-Feuille. D’abord vive et brillante anguille qui serpente au long des prairies entre des envols de peupliers, la Seine ne tarde pas à croître par l’adjonction de nombreux affluents qui, à leur tour, portent des noms illustres : l’Aube, la Marne, l’Oise...

Baignant les murs d’opulentes cités, son destin finit en splendeur dans l’estuaire de la Manche. C’est grâce peut-être à son origine, au coeur d’un terroir savoureux, que l’âme de la douce France, tout enivrée de poésie durant les âges primitifs, pour fêter sa venue au jour, voulut parer son front naissant d’une couronne de légendes : la première, d’une fraîcheur chrétienne, si charmante et naïve en sa simplicité qu’elle évoque une de ces toiles du « Peintre des Anges », Fra Angelico ; la seconde, qui semble inspirée des Métamorphoses d’Ovide.

Voici la légende chrétienne :

Elle daterait de ces temps lointains où les peuples du Nord de la Loire, adorateurs de Teutatès, vivaient encore dans la barbarie, la misère et l’ignorance.

Désireux que ces pauvres peuples aient la joie d’éblouir leur coeur des douces paroles du Christ, Dieu manda un de ses élus dans les forêts des Burgondes : forêts quasi impénétrables, hantées de sangliers et de loups.

Cet élu portait le nom de « Seine ». Sorti du moutier de Saint-Jean, situé dans le pays d’Auxois, il avait reçu l’habit religieux des mains de l’évêque de Langres.

Seine, sans hésiter, obéissant à l’ordre du Seigneur, noua son maigre baluchon et se mit en devoir d’orienter sa marche en se fiant sur le cours du soleil. Se nourrissant des fruits sauvages qu’il découvrait au hasard de sa route et couchant, la nuit, sur la terre nue, sans crainte des bêles féroces, puisque le Ciel veillait sur sa sécurité, il se gardait bien de perdre son temps en de flâneuses rêveries, durant ce pénible voyage. Lorsque, échappé des solitudes, quelques cabanes attiraient ses regards, dans les clairières des forêts, qu’habitait une humble tribu de Gau­lois à longue chevelure, il en franchissait le seuil, assuré d’y être bien accueilli, et demandait l’hospitalité pour le repos de ses fatigues.

En homme qui parlait leur langue, qui était né de leur propre sang, il se disait leur. frère en Dieu et s’efforçait à les servir. C’est pourquoi il ne tardait guère à s’assurer leur amitié. Doué d’une éloquence ardente et qui les comblait de plaisir (car nos lointains pères gaulois étaient sen­sibles à l’éloquence), il leur contait alors d’étonnantes histoires : celle, notamment, d’un miracle accompli sur les bords d’un lac palestinien, un miracle si prodigieux qu’il en demeure un fait unique dans les annales humaines !

Il leur disait que, sous la crèche d’une étable, entre un boeuf usé par la charrue et un âne aux yeux rêveurs et doux, qui le réchauffaient de, leur souffle, un enfant était né que l’on nomma Jésus. Marqué du signe du vrai Dieu, sa parole, aux matins futurs, allait bouleverser le monde et propager sur la terre des hommes, qui ne savaient que se haïr, la loi d’Amour et de Paron. Déjà, à l’aube des Temps, les Prophètes et les Sages avaient auguré sa venue céleste ; ils affirmaient que ce Jésus descendrait chez les mortels afin de vivre humble comme eux et de subir leurs mêmes épreuves, mais qu’il rachèterait leurs âmes pour les conduire en Paradis, après s’être, pour leur rachat, livré lui-même au sacrifice.

La rumeur s’en était répandue chez les peuples de la Judée, puis dans les provinces voisines, et, se répercutant de frontière en frontière, avait gagné Rome et tout l’Univers.

par Ch. Quinel et A. de Montgon
Publié le 13 octobre 2003 - Modifié le 18 septembre 2006
 
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